Dans les travaux d’historiens du travail et de l’éducation au travail, la question du travail a toujours été mise en avant, en particulier depuis la Révolution Française. Le rapport entre le travail et la discipline était important, car à cette époque, une éducation saine passait par le travail.
Cette recherche démarre sur une interrogation de travailleurs sociaux de la prévention spécialisée sur le passage de l’éducation au travail à celui de l’insertion professionnelle et ses répercutions auprès du public jeune éloigné de l’emploi et issu des quartiers prioritaire de la Politique de la Ville.
Cette étude présente l’impact de l’évolution législative de l’insertion par l’activité économique sur les ateliers et chantiers d’insertion en termes de projet associatif, d’organisation, mais aussi sur les pratiques professionnelles des salariés permanents et le recrutement des salariés en insertion. Cette évolution conduit les associations de prévention spécialisée à vivre un réel paradoxe en ne priorisant plus le public jeune qu’elle accompagne. Ceci nous amène, après toutes ces années, à nous poser la question du fondement et des missions des chantiers d’insertion. Ne sont-ils pas en passe de se dénaturer et de s’éloigner du public (originel) pour lequel ils ont été créés ?
Les concepts d’isomorphisme institutionnel et d’identité professionnelle et les propos recueillis durant cette recherche révèlent les paradoxes et les tensions entre les valeurs associatives et les commandes publiques, entre les logiques sociale et économique, entre l’éducation au travail et l’insertion professionnelle, entre qualification par le métier du travailleur social et des compétences commerciale et managériale. L’empreinte de l’histoire et la question du sens ont jalonné cette étude.