La prévention spécialisée est une forme d’action sociale et éducative qui s’est développée après-guerre et a, pendant plus de 30 ans, été l’outil de gestion des phénomènes sociaux comme celui des« blousons noirs ».
À partir des années 80, elle ne semble plus en capacité d’endiguer les problèmes sociaux et la question de la pertinence de ce mode d’intervention se pose. Parallèlement, les politiques territoriales investissent le champ du travail social et redessinent les modalités de l’intervention sociale.
Aujourd’hui, la prévention spécialisée conjugue son activité avec les opérateurs traditionnels et les nouveaux intervenants de l’action sociale. Elle évolue avec ses deux modalités opératoires et entre ces deux espaces.
Nous nous sommes demandé si, dans cet environnement en mutation, la prévention spécialisée avait encore une spécificité et une identité à mettre au service de l’action sociale territorialisée et quels pouvaient y être son rôle et sa place. La prévention spécialisée se trouve-t-elle confrontée à un problème de représentation et de reconnaissance ou à une crise identitaire ?
Notre expérience d’éducateur de prévention spécialisée en Ardèche a été le point de départ de notre recherche. Après une investigation historique afin d’étudier comment la prévention spécialisée s’est construite et quelles en sont les caractéristiques, nous avons conduit nos travaux à partir d’enquêtes réalisées auprès d’acteurs sociaux et d’éducateurs de prévention spécialisée. Ces entretiens, croisés au champ théorique sociologique, nous ont permis de poser un diagnostic sur la réalité du travail partenarial et sur les représentations qu’avaient ces différents acteurs au sujet de la prévention spécialisée.