Dans le champ très complexe de la maltraitance, il est généralement difficile de démêler les enjeux enchevêtrés et souvent conflictuels des situations et d’arriver à cerner les objectifs précis pour l’intervention. L’Action Educative en Milieu Ouvert se confronte à ce jour à des changements sociaux importants – un public en profonde mutation, une volonté politique de promouvoir la place de l’usager, de l’inclure au centre du dispositif – qui questionnent les projets, les valeurs et la méthodologie d’intervention pour l’ensemble des acteurs qui interagissent dans un système sous contrainte. Le défi se situe dans ce paradoxe : faire adhérer un individu à un changement obligatoire (je veux que tu veuilles changer). Dans ce mémoire, nous avons tenté de mettre en évidence les dérives potentielles (disqualification sociale, assujettissement à la norme) et d’indiquer les rapports de force qui s’instaurent dans le cadre d’une intervention judiciaire. Notre hypothèse tente de résoudre une équation complexe : accompagner l’usager de l’indignité vers une reconnaissance, passage légitime pour élaborer et construire ensemble un projet d’intervention commun. Or, l’articulation des projets de chaque acteur ne va pas de soi et trouver un point de convergence se confronte à des réalités différentes. L’attendu du juge devient alors le support de l’intervention qui limite les marges de liberté des autres acteurs. Nos préconisations visent à restaurer un pouvoir d’interpellation aux divers intervenants.