Les mesures d’investigations judicaires d’Enquête Sociale et d’Investigation et Orientation Educative ont été abrogées en 2011 au bénéfice de la création d’une mesure unique dite Mesure Judicaire d’Investigation Educative. Deux pratiques se trouvent ainsi réunies au sein d’une seule mission dont le cadre d’intervention s’appuie sur une volonté de mutualiser les moyens d’intervention. Cette transformation trouve son sens dans un mouvement plus général de réforme de  la Protection de l’Enfance visant à prioriser les interventions sociales entre les compétences administratives et judicaires. Elle marque une tendance à la globalisation des moyens tout en réaffirmant sa volonté d’agir dans l’intérêt supérieur de l’enfant, perçu dans sa personnalité propre.
La fratrie est l’échelon de l’organisation des familles que nous avons choisi pour analyser les pratiques sociales de l’investigation judicaire sur cette tension entre globalisation et individualisation des orientations faites dans le but recherché de l’aide à la décision du Juge des Enfants. Nous tenterons de déterminer ce qui influe le choix d’une proposition d’orientation individualisée ou globalisée pour les fratries en prenant en compte que ce choix peut être conditionné :
-soit d’une part, par la représentation sociale sur la fratrie portée les travailleurs sociaux selon le cadre particulier de leur mission d’origine (centrée sur l’observation du système familial pour l’ES, axée sur la personnalité de l’enfant pour l’IOE.)
-soit d’autre part, par la qualification du danger auquel les mineurs sont exposé (imputable au milieu familial et donc généralisable à tous les enfants, ou bien portée par des besoins spécifiques des mineurs et nécessitant des dispositifs spécialisés).
Entre crainte d’un manque d’individualisation et conscience d’un risque de morcellement du lien, la MJIE est révélatrice d’un enjeu particulier de l’évolution des pratiques en faveur des mineurs et de leur famille.